Artiste du mois: Rahma NAILI

Updated: Jul 13

La rubrique «Artiste du mois» reprend du service et ce mois-ci, AMI vous propose de partir à la découverte de Rahma Naili, jeune artiste plasticienne originaire de Bizerte en Tunisie et basée à Paris. Collage, peinture, gaufrage, gravure, impression : Rahma joue avec les matières en leur faisant subir toutes sortes d’expériences, à l’image de celles vécues par chaque personne au cours de sa vie.

Véritable étoile montante de l’art contemporain tunisien, Rahma Naili fait partie de cette nouvelle génération d’artistes africains formés en Afrique qui déferle sur la scène artistique internationale.

Rahma, pourrais-tu te présenter en quelques mots ?


Je suis une jeune artiste plasticienne, passionnée par l'art depuis l’enfance, tout au long de laquelle ma famille m’a beaucoup encouragée. Je suis engagée par l'art – l’amour de l’art – c'est, selon moi, la seule façon de rêver dans ce monde.


Parlons un petit peu de géographie et d’identité ! Il existe cette éternelle opposition entre le Maghreb et le reste du continent africain, et pourtant le Maghreb fait bel et bien partie de l’Afrique. Te considères-tu comme étant avant tout une artiste « maghrébine » ou préfères-tu être présentée comme étant une artiste « africaine » au sens large ? Et pourquoi ?


Je suis une artiste tunisienne, maghrébine et africaine. Je me considère comme étant une artiste « africaine » au sens large, puisque le Maghreb fait partie de l'Afrique. On a tendance à oublier qu’au Maghreb nous sommes aussi africains ! L’Afrique c’est aussi une diversité d’origines, de langues, de couleurs, de traditions et de cultures. C’est justement ça la richesse de l’Afrique !


Peux-tu nous parler de ta formation artistique académique ?


Je suis diplômée de l'Institut Supérieur des Beaux - Arts de Tunis, où j’ai obtenu un Mastère de recherche en arts plastiques (2016) et une Licence fondamentale en arts plastiques - spécialité gravure (2014). Pendant mes études académiques j'ai eu la chance de suivre l’enseignement de grands professeurs tunisiens – parmi lesquels mon maître Nabil Saouabi qui m'a appris le dessin et la peinture ainsi que la gravure. Il m’a également beaucoup inspiré pour continuer mon chemin artistique et c'est grâce à lui que j’ai choisi la gravure comme discipline principale. Je considère Nabil Saoubi comme une véritable référence artistique.


Est-ce que beaucoup de jeunes artistes tunisiens font le choix d’étudier en Tunisie ? Ou préfèrent-ils s’expatrier à l’étranger pour poursuivre leurs aspirations artistiques ?


Ça dépend ! Je pense que la plupart préfèrent étudier à l'étranger surtout en Europe pour poursuivre leurs aspirations artistiques. A Paris notamment (ville qui a été considérée pendant des siècles comme étant la capitale de l'art) car c'est une ville culturelle, artistique, qui nous inspire beaucoup. Tu as facilement accès aux musées, aux galeries et aux foires.


Est-ce que le statut d’artiste en Tunisie est un statut difficile à avoir ? Comment êtes-vous perçus par le reste de la société tunisienne?


Je ne sais pas exactement, je pense que ça dépend ! J’étais débutante quand j’ai commencé à exposer en Tunisie, avant de venir ici à Paris. J'avais déjà participé à des expositions et importants événements, comme ma résidence au Centre des Arts Vivant de Radès en Tunisie , mais je n'avais pas encore eu l’opportunité d’exposer dans les grandes galeries.


Et concernant le statut d'artiste en Tunisie, moi aussi je me pose cette question ! A l’aide de quel critère peut-on déjà définir un artiste ?! Et qui nous donne ce statut d'artiste ? Est-ce les critiques d'art, les galeristes, les collectionneurs, le public ou l’ Union des artistes plasticiens tunisiens ?!


La plupart de la société tunisienne ne s’intéresse pas beaucoup à la vie artistique et surtout quand on parle de l'art plastique, les gens ne savent pas vraiment de quoi il s’agit ! Ils ne savent pas forcément qui sont les artistes contemporains tunisiens. L’art contemporain tunisien reste réservé aux cercles artistiques (étudiants d’art, galeristes, critiques d’art, collectionneurs, artistes et leurs proches.


Rentrons maintenant dans le vif du sujet, parles-nous de ton travail et de tes aspirations. Que fais-tu exactement et sur quoi travailles-tu en ce moment?


Je travaille depuis plusieurs années sur la problématique de l'identité́ à travers différentes techniques plastiques telles que la gravure, le collage, le dessin, la sérigraphie et la peinture. Ma démarche artistique repose sur une esthétique de la fragilité où je cherche à atteindre ce qui reste caché derrière les apparences, l'âme des objets et des personnes qui m'entourent. J’utilise le papier pour transmettre la part d'éphémère qui habite en chacun de nous.


En ce moment je travaille sur une série de techniques mixtes. Cette période de confinement particulièrement difficile pour les uns et les autres m’a permis de me rendre contre de notre rapport avec autrui, de l'importance de la société, des moments de partage et de notre rapport à l’espace-temps.


Pourquoi as-tu fait le choix de venir te baser en France?


C'est d’abord ma résidence artistique à Radès qui m’a emmenée en France, en me permettant de participer au concours de la résidence de la Cité Internationale des arts de Paris, via le programme du Ministère des affaires culturelles tunisien. Ensuite, j'ai fait le choix de rester en France pour développer ma carrière artistique et j'ai signé un contrat d'agent artistique avec l’agence Wasanii Ya Leo.


Est-ce facile pour une jeune artiste africaine de s’imposer sur le marché de l’art contemporain européen ? Qu’en est-il du marché de l’art tunisien?


Je pense que non ! C’est très difficile surtout lorsque l’on est jeune et débutant dans ce domaine ! Ca l’est d’autant plus quand on ne connaît pas les réseaux d’artistes – que ce soit en Tunisie ou ici en France. J’ai fini mes études artistiques en 2016 et j’ai tout de suite commencé à exposer, d’abord en Tunisie, puis plus tard en 2018 en Europe. J’ai eu de la chance car j’ai rencontré Cindy Olohou, l’une des créatrices de l’agence artistique Wasanii Ya Leo (dont je suis devenue membre). Aujourd’hui, grâce à cette opportunité d'avoir un agent artistique qui connaît bien le marché de l'art je pense que je peux m'imposer plus facilement sur le marché de l’art contemporain..


Tu as eu l’occasion de participer à des résidences et d’exposer à l’étranger, peux-tu nous en dire plus sur ces expériences ?


J’ai fini mes études en 2016 et j’ai commencé à exposer dans plusieurs galeries d'art en Tunisie – la galerie de la bibliothèque nationale de Tunisie, la galerie Elbirou, la Cité de la culture et au Musée national du Bardo dans le cadre des JACC 2019 (Journées des Arts Contemporains de Cartage).


J’ai également été sélectionnée pour participer à plusieurs résidences artistiques en Tunisie au Centre des arts vivant de Rades (2017-2018) et en France à la Cité Internationale des arts de Paris (2018-2019). Grâce à cette dernière opportunité j’ai pu participer à des évènements et expositions artistiques en Europe – dont plusieurs en à Paris en France (au Ministère de l’économie et des finances – Bercy, au Village Suisse, à la galerie H Gallery) et à Barcelone en Espagne (galerie El Gatascopio) dans le cadre de la deuxième édition du festival 21*21 de la gravure. J’ai plus récemment participé à la 7e Fête de l’Estampe à Paris


Où peut-on admirer ton travail?


Vous pouvez me suivre sur le site de mon agence artistique Wasanii Ya Leo, ainsi que sur les réseaux sociaux: Facebook (Rahma NAILI Visual artiste) et Instagram (@rahma.naili1)!

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Que souhaites-tu réaliser dans les cinq prochaines années à venir ?


J'aimerais bien vivre d'autres expériences dans d'autres pays du monde. J’aimerais visiter quelques pays d’Afrique et participer à des expositions et foires d'arts contemporains comme la Biennale de Dak'Art. J’aimerais aussi avoir un atelier personnel pour me concentrer plus dans la recherche plastique et réaliser des expositions personnelles en Tunisie notamment, mais aussi dans le reste de l’Afrique et en Europe.


Quels conseils pourrais-tu donner à de jeunes artistes africains ?


Je n'ai pas des conseils à donner aux jeunes artistes africains car je n’estime pas être en position de donner des conseils ! Je peux toutefois leur rappeler de ne rien lâcher malgré les difficultés. Restez positifs et optimistes car vous êtes les réalisateurs de vos rêves et où que vous soyez, vous y arriverez un jour!


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Afrika Matters Initiative NPC 2018/033657/08